Scott Santens

Il est temps que la technologie serve toute l'humanité avec un revenu de base inconditionnel.

Traduction de la version originale anglaise: Pierre Madden

Imaginez une année où l'on découvre que ce que nous tenons pour acquis depuis longtemps, à savoir que la technologie détruit des emplois, tout en créant aussi de nouveaux et meilleurs emplois, n'est plus vrai. Au lieu de cela, les machines déplacent de façon permanente le travail humain et les nouveaux emplois créés sont pour la plupart des emplois moins bons.

 

Un pourcentage toujours décroissant de la population est employé, et pour une majorité de ceux qui restent sur le marché du travail, les revenus diminuent, les heures travaillées augmentent, l'écart de revenu mensuel devient plus extrême, le temps entre les emplois augmente, les emplois eux-mêmes deviennent plus proches des tâches, les avantages fournis par l'employeur deviennent plus rares, et les liens qui maintiennent la société ensemble commencent à s'effilocher à mesure que l'inégalité devient de plus en plus extrême.

 

En quelle année pensez-vous qu'un tel avenir se produira ? 2030 ? 2040 ? 2050 et au-delà si ce n'est pas encore le cas ?

 

La réponse variera d'un pays à l'autre. Aux États-Unis, la réponse se situe autour de 1990. Oui, c'est déjà arrivé. Ce n'est pas dans le futur. C'est dans le passé.

Les emplois routiniers, tant intellectuels que manuels, sont automatisés

1990 a été l'année où la croissance régulière de l'emploi est demeurée stable. C'est aussi à ce moment-là que le nombre d'heures travaillées par année a cessé de diminuer et a recommencé à augmenter pour la première fois depuis la Grande Crise des années 1930. Depuis 2000, le pourcentage de la population active a connu une tendance à la baisse. Le maximum de travail humain aux États-Unis semble s'être produit il y a 17 ans.

Ceci est l'histoire du chômage technologique provoqué par l'automatisation, et je suis ici pour vous dire qu'il ne s'agit pas d'un hypothétique scénario d'avenir. C'est réel et c'est un danger manifeste et immédiat pour l'ensemble de l'humanité, à moins que des mesures appropriées ne soient prises, et prises bientôt, pour passer de la dévastation à l'émancipation - des mesures que chacun dans cette salle doit envisager sérieusement.


Je suis également ici pour vous dire quelle action particulière nous devons prendre, ainsi qu'une multitude de raisons pour lesquelles je crois qu'il n'y a pas d'autre action plus importante pour l'avenir de la race humaine. Cette mesure la plus importante est le découplage du revenu et du travail, par le biais d'une politique connue sous le nom de revenu de base inconditionnel (RBI). Cependant, avant de m'y plonger, j'aimerais remonter un peu plus loin dans le passé, au moment où l'humanité a découvert l'utilisation des outils....

Dans cette scène de L'Odyssée de l'espace de Kubrick, on nous montre un moment marquant de l’humanité où l'homme primitif a utilisé un outil pour la première fois. C'est un os. Utilisé comme une matraque, il permet à un groupe physiquement plus faible de dominer un groupe physiquement plus fort. L'histoire est bien sûr fictive, sauf qu'à un moment donné, en tant qu'humains, nous avons utilisé notre premier outil, et depuis ce jour-là, nous avons été capables d'accomplir de plus en plus de choses avec de moins en moins de moyens.

Buckminster Fuller a qualifié ce processus ininterrompu "d'éphéméralisation". Son point final théorique existe en tant qu'asymptote que nous pouvons seulement approcher sans jamais l'atteindre, où nous obtenons la capacité d'accomplir tout avec rien. Ça devrait être génial. Ça l'est. Or il y a un problème. Il y a toujours un problème.

 

C'est nous-mêmes qui fabriquons ce double piège. Premièrement, nous avons besoin d'échanger de l'argent contre les nécessités de la vie, comme la nourriture et le logement. Et deuxièmement, nous avons besoin d'échanger notre force de travail afin d'obtenir de l'argent. Le résultat de ce jumelage est que nous avons besoin de fournir du travail pour exister. Ainsi, tant que tout le monde peut échanger son travail contre un revenu, tout le monde peut théoriquement survivre dans un système où la propriété privée est établie et appliquée. Cependant, l'utilisation de l'outil jette inévitablement une clé dans l'engrenage de ce système.

 

Cette clé dans l'engrenage, c'est le chômage technologique.

 

Si nous avons besoin d'argent pour vivre, et l'argent ne peut être obtenu qu'en vendant son travail, comment pouvons-nous obtenir de l'argent pour vivre quand les machines peuvent faire presque tout ce que nous pouvons faire à moindre coût, de façon plus constante, plus sûre, plus rapidement et, dans l'ensemble, plus efficacement que nous ne le pouvons nous-mêmes? C'est une chose pour des outils comme les os d'effectuer un travail physique. Que se passe-t-il lorsque les os du 21e siècle effectuent un travail mental et apprennent à un rythme que nous ne pouvons pas égaler?

Il ne peut y avoir que trois solutions, ou un mélange de celles-ci, à cette énigme autocréée basée sur notre double piège.

 

 

 

 

 

 

 

Nous pouvons soit cesser d'exiger l'échange d'argent pour les besoins de base, essentiellement en rendant certaines choses comme la nourriture, l'eau et l'abri entièrement gratuits.

Ou bien nous pouvons garantir que tout le monde peut toujours trouver un travail suffisamment rémunéré pour satisfaire ses besoins de base.

Ou bien nous pouvons cesser d'exiger l'échange de travail contre de l'argent en payant à chacun un revenu, qu'il travaille ou non. Il suffirait que le montant couvre les besoins de base.

 

La première option éliminerait le système de prix pour les biens et services de base. Cela nuirait à la capacité de calculer ce qu'il faut produire, quelle quantité produire, qui reçoit quoi, quand, où il faut, à quelle fréquence, et ainsi de suite. Cette option est une économie planifiée pour les biens et services de base où les réponses à ces questions sont centralisées.

La nourriture gratuite semble être une bonne idée, sauf qu'il n'y a pas de limite. Nous gaspillons déjà la moitié de notre production alimentaire. La gratuité entraînerait encore plus de déchets, tout comme le fait de rendre l'essence moins chère entraîne encore plus de déplacements. Tout ce qui est gratuit nuit aussi aux propriétaires d'entreprises qui le commercialisent. Peu de gens se rappellent encore de cette histoire: aux États-Unis, les coupons alimentaires (Food Stamps) étaient une réponse à la distribution de nourriture gratuite qu'on tendait aux gens à partir de l'arrière de camions, des "handouts". Ceux qui recevaient ces aumônes n'allaient pas dans les magasins, et cela signifiait que d'autres choses n'étaient pas achetées. Les coupons alimentaires étaient considérés comme un moyen plus efficace d'apporter de la nourriture aux gens, tout en incitant les clients à fréquenter les marchés et en stimulant l'économie.

Pensez aussi au logement. Pourquoi un habitant de New York et un habitant de la campagne devraient-ils tous les deux obtenir exactement le même prix de 0 $ pour le logement? Est-ce que c'est juste? Et si vivre à New York était gratuit, est-ce que plus de gens n'iraient pas s'y installer? Le marché est une calculatrice distribuée. Le principe de l'offre et de la demande, qui utilise l'argent comme dispositif de signalisation, permet de distribuer les ressources sans prise de décision centralisée.

 

Supprimer les signaux de prix pour des choses comme la nourriture et le logement peut sembler bon à première vue. Pourtant cela aurait des conséquences non désirées, d'une part la pénurie où les malchanceux  ont trop peu, et d'autre part un gaspillage accru où les chanceux ont beaucoup plus qu'ils en ont besoin.

 

La deuxième de nos trois options, garantir le travail, assurerait que dans un monde de machines capables d'effectuer une quantité croissante de travail mieux que nous, le travail que nous pourrions nous garantir serait de plus en plus inutile - l'équivalent de creuser des trous et de les remplir, ou de faire des inspecteurs pour inspecter les inspecteurs.

C'est la garantie d'emploi (GE). Dans un monde où le travail ne fonctionne déjà plus, cela n'a guère de sens. Comme Milton Friedman l'a dit, si l'objectif est l'emploi, pourquoi ne pas utiliser des cuillères au lieu des pelles ? Il s'agit aussi de poser le même genre de questions qu'une économie planifiée.

Quels sont les emplois? Où sont-ils situés? Est-ce que tous les emplois sont rémunérés de la même façon ou est-ce que certains emplois sont mieux rémunérés? Si tout le monde gagne la même chose, en quoi est-ce juste pour ceux qui travaillent plus dur? Sinon, qui obtient le travail le plus facile? Est-il possible que la réponse ne soit pas des gens de couleur? Qu'en est-il des personnes handicapées à qui on dit qu'elles ne sont pas assez handicapées? Qu'en est-il des gens qui font déjà un travail précieux qui n'est même pas considéré comme du travail?

Est-ce que 100 % de tout le travail non rémunéré serait rémunéré, en particulier le travail de soins ? Est-ce que tout le codage à code ouvert serait compensé? Peut-on congédier quelqu'un d'un emploi garanti? Sinon, pourquoi se donner la peine de faire quoi que ce soit s'ils détestent le travail et préfèrent faire autre chose? S'ils peuvent être licenciés, quelqu'un d'autre ne doit-il pas les embaucher, créant ainsi une boucle infinie de travail totalement désengagé? Qu'en est-il des personnes qui ont déjà un emploi et qui s'en sortent à peine? Quels sont leurs avantages ? Qu'en est-il de ceux qui aiment leur travail, et qui ont simplement besoin d'une augmentation?

Qu'en est-il des coûts requis au-delà des salaires des cadres intermédiaires et de l'administration? Les emplois créés par le gouvernement ont tendance à coûter beaucoup plus cher que l'argent qu'ils fournissent en tant que revenu, généralement plus de six chiffres. Enfin, à l'échelle mondiale, seulement 13% des travailleurs sont engagés par leur emploi. En quoi la création d'encore plus d'emplois aiderait-elle à changer cela? Ce sont des questions auxquelles les défenseurs des GE n'ont pas de vraies réponses, car, à part, les emplois sont bons, faisons-en plus, sans jamais considérer la possibilité que les emplois soient devenus le problème, et non la solution, ce qui m'amène à notre troisième option.

La troisième option préserverait entièrement le système de prix et éviterait les pièges d'un travail inutile. En fait, cela permettrait de préserver le système de prix, et aussi de l'améliorer. Cela permettrait d'éviter la création de travail inutile, et aussi de le réduire. Cette troisième option est le revenu de base inconditionnel. Si le chômage technologique est le nœud gordien du XXIe siècle, le RBI est l'épée qui le traverse. En coupant simplement le lien entre le revenu et le travail par la distribution inconditionnelle d'un revenu pour la vie, qui est toujours suffisant pour les besoins de base, la peur du chômage technologique est éliminée. Cela ne s'arrête pas là, car le revenu de base a une multitude de répercussions au-delà de l'élimination de la peur, et ces répercussions sont elles-mêmes transformatrices sur le plan systémique.

Maintenant, ici, je présente à la fois un problème et une solution. Beaucoup d'entre vous peuvent encore croire que le problème n'est pas réel et que la solution est de la foutaise. C'est assez juste. C'est pour ça que je suis là. Je vais donc maintenant plonger profondément dans le chômage technologique, puis encore plus profondément dans le revenu de base. Vous êtes prêts?

Trois solutions potentielles:

- Faire des choses gratuites

- Fournir un emploi à tout le monde

- Fournir de l'argent à tout le monde

La progression de l'automatisation des plates-formes de forage

Commençons ici. Ce tableau résume l'automatisation du travail humain, comme aucun autre que j'ai jamais vu jusqu'à présent.

 

Ce qui devrait être immédiatement apparent, c'est que le nombre de plates-formes pétrolières a diminué aux États-Unis en raison de la chute des prix du pétrole, tout comme le nombre de travailleurs employés par l'industrie pétrolière. Par contre, lorsque le nombre de plates-formes pétrolières a commencé à remonter, le nombre de travailleurs n'a pas augmenté. C'est une observation importante, bien que ce ne soit pas la seule.

Avez-vous entendu parler de Iron Roughnecks ? Ce sont essentiellement des foreurs robotisés, et ils font partie des raisons pour lesquelles les travaux de forage pétrolier ne rebondissent pas. Grâce aux investissements dans ce type d'automatisation, on s'attend à ce qu'un équipage de 20 personnes n'en ait bientôt plus besoin que de 5. C'est en partie la raison pour laquelle, après que le ralentissement mondial de l'industrie pétrolière ait fait disparaître 440 000 emplois, on s'attend maintenant à ce que la moitié d'entre eux ne revienne jamais.

 

L'autre raison pour laquelle ces emplois ne reviennent pas, c'est qu'un grand nombre de ces emplois ne sont plus nécessaires depuis des années. Quand, à 100$ le baril, l'industrie pétrolière faisait son beurre, être performant et efficace n'est pas une préoccupation. Cependant, quand il faut serrer la ceinture, l'efficacité gagne en importance et la main-d'œuvre humaine superflue est inefficace. Si un travail peut être fait avec 10 personnes, pourquoi en reprendre 20 ?

 

C'est donc ce qui s'est passé ici, et le processus a duré un peu plus de deux ans. DEUX ANS. C'est ainsi qu'une industrie a rapidement commencé à investir davantage dans l'automatisation et à se débarrasser de la main-d'œuvre humaine inutile. C'est aussi arrivé l'année dernière, et peu de gens savent quoi que ce soit à ce sujet.

 

C'est la véritable histoire de l'automatisation: la stratégie de l'autruche. Le travail humain représente tout simplement des frais généraux inutiles qui peuvent être évincés pour augmenter les profits. Les gens refusent de le reconnaître, et ils le nient avec des vœux pieux.

 

Le souhait primordial est que, bien que des emplois soient perdus en raison des nouvelles technologies, de nouveaux emplois sont toujours créés. La question qui est sans réponse est la nature de ces emplois. Quel genre d'emplois créons-nous? Quelles sont les compétences requises? Combien paient-ils ? Quelles sont les heures et leurs durées? Quel est le sens qu'ils donnent au travailleur?

Aux États-Unis, depuis quatre décennies, les emplois peu qualifiés se sont développés pour combler le vide créé par la perte d'emplois moyennement qualifiés. Oui, or si de nouveaux emplois hautement qualifiés ont également été créés, la croissance nette se situe au niveau des emplois peu qualifiés. Et c'est tout à fait logique.

 

Les emplois à automatiser en premier sont ceux qui paient le plus d'argent aux humains, sans être à ce point chers que les compétences exigées de la technologie sont si élevées que celle-ci n'est pas à la hauteur de la tâche. Puis, à mesure que la technologie devient moins chère, il est logique d'automatiser les emplois de moins en moins qualifiés, et à mesure que la technologie devient plus performante, il est logique d'automatiser les emplois de plus en plus spécialisés.

 

La perte d'emplois à compétences moyennes est exactement ce à quoi nous devrions nous attendre à la suite de l'automatisation, et c'est exactement ce que nous voyons. On le note dans une nation après l'autre, non seulement aux États-Unis: le milieu est en train de se creuser partout.

 

Comme les emplois sont automatisés à partir du milieu, parce que les gens ont besoin d'argent pour vivre et que les emplois fournissent de l'argent, les gens trouvent n'importe quel emploi qu'ils peuvent obtenir. Par conséquent, les gens sont en concurrence les uns avec les autres, et la nature des emplois s'aggrave. À l'exception de ceux qui occupent de nouveaux emplois hautement spécialisés, les salaires diminuent. Le temps plein va à temps partiel. L'employé se rend chez l'entrepreneur. Les chèques de paie vont de toutes les deux semaines comme une horloge à "J'espère vraiment être payé avant que le loyer ne soit dû".

Tout cela est également vrai à l'échelle mondiale. Dans le monde entier, la classe moyenne s'érode à mesure que les classes moyennes des pays plus développés rivalisent avec les machines, ainsi qu'avec la main-d'œuvre moins chère des pays moins développés, directement grâce à la technologie qui rend possible un marché du travail mondialisé.

 

De plus, et cela embrouille les gens, l'automatisation peut en fait ralentir la productivité. Comment? Parce que nous automatisons des emplois plus productifs et forçons les gens à retourner au travail dans des emplois moins productifs. Les bas salaires signifient également que moins de travail sera automatisé qui autrement l'aurait été que si les humains n'insistaient pas à offrir leur main-d'œuvre aussi bon marché. Les bas salaires entravent les investissements dans l'automatisation.

 

C'est tout cela que l'on s'attendrait à voir comme résultat de l'automatisation: les personnes libérées des emplois n'ont pas d'autre choix que d'en trouver un autre. Et c'est exactement ce que nous voyons.

"L'automatisation, les robots et l'intelligence artificielle ont un effet transformateur sur les marchés du travail aux États-Unis et peut-être dans de nombreuses autres économies avancées. On s'attend à ce que les robots, en particulier les robots industriels, se répandent rapidement au cours des prochaines décennies et assument des tâches auparavant exécutées par le labeur humain. Selon nos estimations, un robot de plus pour mille travailleurs réduit le ratio emploi/population d'environ 0,18-0,34 points de pourcentage et les salaires de 0,25-0,5 pour cent." -Daron Acemoglu, MIT et Pascual Restrepo, Université de Boston.

Ene 2017, une première étude de ce genre a même examiné l'impact des seuls robots industriels sur les emplois de 1993 à 2007 aux États-Unis et a constaté que chaque nouveau robot a remplacé environ 5,6 travailleurs et que chaque robot supplémentaire par 1 000 travailleurs a réduit le pourcentage de la population totale employée de 0,34 %, réduit les salaires de 0,5 % et augmenté le PIB de 0,13 %.

 

Au cours de cette période de 14 ans, le nombre de robots industriels a quadruplé et entre 360 000 et 670 000 emplois ont été supprimés. Et comme l'ont noté les auteurs, "il est intéressant, et peut-être surprenant, que pour aucune catégorie de profession ou d'éducation nous ne trouvions de gains nets en matière d'emploi. En d'autres termes, les emplois n'ont pas été remplacés par de nouveaux emplois.

 

N'oubliez pas que cette découverte ne concerne que les robots industriels, pas tous les robots, pas tous les logiciels, et surtout pas l'intelligence artificielle. Pensez à tout cela, et à la rapidité avec laquelle les progrès de l'IA sont réalisés de telle sorte que les voitures et les camions se conduisent par eux-mêmes, et les algorithmes d'apprentissage machine apprennent déjà à écrire leur propre code. Nous assistons à quelque chose d'entièrement nouveau dans l'histoire de l'humanité.

Pour le voir, il faut ouvrir les yeux. Aux États-Unis, nous avons perdu des emplois dans le secteur manufacturier au cours des trois dernières décennies, et alors que 8 Américains sur 10 le savent, seulement 26 % des Américains savent que la production manufacturière a augmenté au cours de la même période. En d'autres termes, la plupart des Américains n'ont aucune idée que l'Amérique fabrique plus que jamais, malgré la perte d'emplois dans le secteur manufacturier.

 

Les Américains pensent également que les emplois perdus sont dus aux immigrants et à la délocalisation, or une étude en 2015 de l'université Ball State, qui a examiné de près cette situation, a révélé que seulement 13 % des pertes d'emplois n'étaient PAS dus à des gains d'efficacité. Selon l'étude, en 2010, il était possible d'accomplir avec 12,1 millions de travailleurs ce qui aurait nécessité 20,9 millions de travailleurs 10 ans auparavant.

Examinons à nouveau le ralentissement du marché pétrolier. Il a effectivement simulé une récession. Les récessions font toujours pression sur le travail inutile. Aux États-Unis, le résultat est que nous avons atteint un sommet en 2000. Qu'arrive-t-il donc aux travailleurs du monde entier pendant la prochaine récession mondiale? Combien de travailleurs ne seront jamais réembauchés parce qu'on n'a déjà plus besoin d'eux?

Il faudra probablement plus de temps pour que ces nouveaux chômeurs trouvent de nouveaux emplois, car de plus en plus de gens se font concurrence dans notre jeu continu de chaises musicales pour trouver un siège qui ne vient pas d'être comblé par du matériel informatique ou des logiciels. Aux États-Unis, c'est la tendance depuis 70 ans.

 

Et à quoi ressembleront ces nouveaux emplois que les gens trouveront? Parce que, encore une fois, selon les tendances à long terme, non seulement cela prendra plus de temps à les trouver et ils seront moins bien payés, de plus ils ne seront pas des emplois traditionnels, ce qui entraînera une plus grande variance mensuelle des revenus. Aux États-Unis au cours de ce siècle, les 9 millions de nouveaux emplois nets que nous avons créés sont tous des formes de travail alternatif, et si nous regardons les 20 % au bas de l'échelle aux États-Unis, 74 % des travailleurs voient maintenant leurs revenus varier de 30 % d'un mois à l'autre.

Cela revient à dire que les filets de sécurité fournis par les gouvernements du monde entier sont conçus autour d'une notion d'emplois du XXe siècle où les emplois semblaient tomber des branches et fournissaient un revenu régulier et fiable, avec des avantages sociaux, pendant des décennies à la fois. Depuis, l'automatisation a transformé notre façon de travailler. Elle a également transformé les entreprises elles-mêmes.

 

Comme la technologie permet aux entreprises de faire plus avec moins de travailleurs, afin d'obtenir le "plein emploi", nous avons aussi besoin de plus d'entreprises, ou bien nous avons tous besoin de travailler moins. Alors qu'est-ce qu'on observe?

Eh bien, aux États-Unis, la création de nouvelles entreprises est en déclin depuis des décennies et, en fait, en 2008, le taux de mortalité des entreprises a dépassé le taux de natalité pour la première fois. Cependant, le nombre de startups (entreprise en démarrage) d'un milliard de dollars est à la hausse. Apple, Google, Facebook, Amazon et Microsoft valent ensemble 2,7 trillions de dollars et n'emploient qu'une fraction des plus grandes entreprises comme GM, Ford, Exxon, GE et IBM il y a plusieurs décennies.

Ce qui est peut-être le plus important, c'est que les revenus discrétionnaires sont en baisse. Malgré l'augmentation de la productivité, après avoir couvert les besoins de base. Il reste aux gens un pourcentage décroissant de ce qu'ils gagnent à dépenser pour ce qui est fabriqué de plus en plus par les machines.

C'est une tendance qui ne peut durer. Les gens doivent être en mesure de se procurer ce que les machines produisent, sinon, à quoi cela sert-il que les machines produisent tout cela?

 

Et quelles sont les conséquences sociales pour les collectivités de plus en plus privées de revenus où l'inégalité ne fait que s'aggraver? Je crois que nous en voyons déjà les répercussions sous forme de réactions comme la montée du nationalisme, la xénophobie et la toxicomanie. Trump et Brexit sont des avertissements que nous ne pouvons pas continuer à ignorer les effets sociaux de la technologie.

Nous devons nous sortir la tête du sable. Nous ne pouvons pas regarder un faible taux de chômage et penser que tout va bien. Nous ne pouvons pas dire à une personne qui après une carrière de 40 heures par semaine avec avantages sociaux et un sentiment de sécurité qu'elle doit maintenant occuper trois emplois ou petits boulots différents, sans avantages, travailler plus longtemps pour gagner moins de revenus, dans une vie beaucoup plus précaire, juste pour survivre.

Nous ne pouvons pas balayer de côté comme étant sans importance le fait que 5 hommes possèdent maintenant plus de richesse que la moitié de la planète. Les inégalités affectent les sociétés selon un grand nombre de paramètres. Avec la croissance des inégalités, la cohésion sociale diminue, la criminalité augmente, la violence armée et la toxicomanie augmentent, la santé physique et mentale globale se détériore, l'espérance de vie diminue, le bien-être émotionnel diminue et même la croissance économique en souffre.

Les pires effets de l'inégalité extrême sont peut-être ceux qui frappent nos plus jeunes.

Une fois qu'une famille gagne environ 50 000 $ par année, plus d'argent ne signifie pas grand-chose en ce qui concerne la surface corticale du cerveau.

 

Gagner moins de 50 000 $ signifie de moins en moins de surface corticale, ce qui a pour effet d'aggraver exponentiellement la situation en dessous du seuil de pauvreté.

Plus le statut socio-économique d'un enfant est bas, plus ses résultats aux tests cognitifs mesurant les habiletés linguistiques, la mémoire à court terme, la mémoire à long terme des faits et des événements et les relations spatiales seront mauvais. Pourquoi ? Parce que moins les parents ont de revenus, moins la surface corticale du cerveau de leurs enfants sera développée.

Dans des décennies, nous considérerons cela comme rien de moins que de la barbarie. Comment aurions-nous pu penser qu'il était acceptable d'infliger des dommages cérébraux à des millions d'humains comme punition pour ne pas avoir choisi des parents plus riches?


De plus, dans quelle mesure retardons-nous la civilisation en perpétuant l'appauvrissement? Que pourrions-nous accomplir de plus en tant qu'espèce, si nous avons fait le choix, j'ai bien dit LE CHOIX, d'abolir la pauvreté et l'extrême inégalité pour toujours, en investissant simplement dans l'humanité - dans chacun d'entre nous?

 

Et si nous choisissions de poser une fondation sous nos pieds qui, de la naissance à la mort, empêchait tout le monde de ne plus avoir suffisamment pour survivre?

Que feriez-vous dans la vie, si vous commenciez chaque mois avec assez d'argent pour vivre?

C'est l'idée d'un revenu de base inconditionnel. Ce n'est pas une idée nouvelle;  c'est une idée qui était nouvelle pour moi en 2013, lorsque j'ai commencé à chercher des solutions au chômage technologique. Ce n'est pas non plus une idée confinée à la gauche ou à la droite politique. Elle traverse tous les courants, avec des partisans et des détracteurs parmi toutes les tendances politiques, depuis les droits civiques de Martin Luther King, Jr. jusqu'à Friedrich Hayek, qui aimait le marché libre.

Le RBI consiste à fournir une allocation en espèces régulière et non rétractable à des personnes, sans condition, une somme suffisante pour créer un revenu plancher au-dessus du seuil de pauvreté.

Cela peut sembler simple, or il y a beaucoup de conceptions erronées sur cette idée. L'une des premières questions posées est de savoir d'où vient l'argent. Eh bien, ça vient de nous tous. Tout le monde reçoit le même montant, et nous versons tous des montants différents pour rendre cela possible.

Il est très important de comprendre ce point, parce qu'il répond aussi à une autre question souvent posée à cause d'une fausse idée reçue, soit le coût. Parce que tout le monde paie pour le RBI et que tout le monde reçoit le RBI, le coût est le coût net et non le coût brut.

Pensez-y de cette façon. Imaginez que le RBI est mis en œuvre demain et que vos impôts augmentent de 12 000 $ pour le payer, et en retour vous recevez 12 000 $ en RBI. Combien cela a-t-il coûté au gouvernement de vous fournir le RBI? Mis à part les frais d'administration de moins de 1 %, cela ne coûte rien.

Tous les payeurs nets ne coûtent rien au RBI, et le coût net pour les bénéficiaires est le montant total du RBI, moins le montant des taxes supplémentaires imposées. En d'autres termes, le RBI peut coûter le même prix que son cousin l'impôt négatif sur le revenu, conçu par Milton Friedman.

Bien qu'universel, un RBI fonctionne pour faire circuler le revenu du haut vers le bas, où il circule ensuite de nouveau vers le haut. En d'autres termes, le RBI ferme la boucle d'un système économique qui dépend actuellement d'une croissance infinie. Le revenu de base crée un écosystème durable. Ce faisant, il répond également à la question de savoir d'où vient l'argent d'une manière originale. Il vient de là où il va, comme l'eau elle-même.

Il faut bien comprendre cela, ainsi qu'une autre crainte injustifiée, c'est-à-dire la peur de l'inflation galopante. Peu de modèles de RBI impliquent une expansion monétaire. Le RBI est plutôt une circulation de l'argent qui se trouve dans les coffres de ceux qui l'accumulent vers ceux qui le dépenseront immédiatement.

Cette circulation accrue conduit aussi directement à une économie plus forte par le biais d'effets multiplicateurs. Quelqu'un à Wall Street qui reçoit un autre dollar ajoute 39 cents à l'économie, tandis qu'un travailleur à faible revenu qui reçoit un autre dollar ajoute 1,21 $ à l'économie. C'est trois fois mieux pour l'économie. Il est donc beaucoup plus logique de s'assurer que les 60 % au bas de l'échelle ont de l'argent à dépenser dans l'économie que de renflouer les 20 % du haut.

 

En tant que concept, cela peut sembler bien beau maintenant, ou encore complètement fou. Quant à moi la théorie et les apparences ont des limites . La grande question est : est-ce que ça marche?

Eh bien, les pays du monde entier se posent de plus en plus la même question. Des essais ont commencé en Finlande, aux Pays-Bas, au Canada, au Kenya, en Ouganda, au Brésil, en Espagne, en Italie et même aux États-Unis. D'autres essais sont en chantier pour l'Écosse et probablement même pour l'Inde, entre autres.

En fait, nous n'avons pas besoin d'attendre pour cela. Quand j'ai commencé à chercher dans le RBI, j'ai été étonné de découvrir combien de données probantes existaient déjà pour ceux qui les cherchaient. Il y a tant de choses que nous connaissons déjà.

Voici quelques-unes des nombreuses observations qui m'ont le plus frappé, recueillies dans le cadre de divers projets pilotes et études aux États-Unis, au Canada, en Inde, en Namibie et au Liban.

Effets RBI observé

  • La criminalité a diminué de 42 % et la chasse illégale, c'est-à-dire le braconnage, a diminué de 95 %

  • Les taux d'hospitalisation ont diminué de 8%.

  • La consommation de fruits et légumes frais a augmenté

  • La consommation d'alcool et d'autres produits de tentation a diminué

  • La personnalité des enfants s'est améliorée de sorte que les enfants sont plus honnêtes et travaillent mieux ensemble

  • La fréquentation scolaire a augmenté et les notes se sont améliorées

  • Les taux de grossesse chez les adolescentes ont diminué

  • La fréquence des personnes personnellement offensées les unes par les autres a diminué

  • La confiance a augmenté

  • L'épargne a augmenté et la dette a diminué

  • L'entrepreneuriat a quadruplé dans un endroit et était trois fois plus élevé que les groupes témoins dans un autre

  • Les bénéficiaires ont travaillé plus d'heures et ont gagné plus de revenus supplémentaires

  • Des effets positifs disproportionnés ont été observés chez les femmes dans l'ensemble, les personnes âgées et les personnes handicapées

Le taux de criminalité a baissé de 42%. La chasse illégale, c'est-à-dire le braconnage, a diminué de 95 %. Les taux d'hospitalisation ont diminué de 8,5 %. Le poids à la naissance s'est amélioré grâce à une meilleure nutrition maternelle. La consommation de fruits et légumes frais a augmenté. La consommation d'alcool et d'autres produits de tentation a diminué. Les personnalités se sont améliorées de sorte que les enfants étaient plus honnêtes et travaillaient mieux ensemble. La fréquentation scolaire a augmenté et les notes se sont améliorées. Le taux de grossesse chez les adolescentes a diminué. Le nombre de personnes qui se sentent personnellement offensées les unes par les autres a diminué. La confiance a augmenté. L'épargne a augmenté et la dette a diminué. L'esprit entrepreneurial a quadruplé à un endroit et était trois fois plus élevé que dans le groupe témoin. Les prestataires ont travaillé plus d'heures et ont gagné plus de revenus supplémentaires. Et des effets positifs disproportionnés ont été observés dans l'ensemble chez les femmes, les personnes âgées et les handicapés.... en d'autres termes, les personnes traditionnellement marginalisées.

 

Certains de ces résultats ont été observés une seule fois, d'autres plusieurs fois. L'augmentation de l'esprit entrepreneurial par exemple semble être un effet commun de donner aux gens le RBI, pour trois raisons principales selon moi : plus de capital, plus de clients et plus de prise de risque.

 

La peur du risque conduisant à un échec catastrophique empêche beaucoup trop d'innovation. Lorsqu'un journaliste du New York Times lui a demandé ce qu'il pensait du fait d'avoir échoué 700 fois, Thomas Edison a répondu : "Je n'ai pas échoué 700 fois. Je n'ai échoué qu'une seule fois. J'ai réussi à prouver que ces 700 moyens ne fonctionnent pas. Quand j'aurai éliminé les moyens qui ne marchent pas, je trouverai le moyen qui va marcher."

 

Le RBI transforme l'échec de ce qui était un risque existentiel en une occasion d'apprendre ce qui ne fonctionne pas. L'échec n'est pas une mauvaise chose. C'est par l'échec que nous apprenons. C'est par l'échec que nous innovons. Ce qui est mauvais, c'est quand nous organisons les choses de telle sorte que l'échec menace la vie au lieu de nous instruire.

 

Maintenant, un autre bienfait du revenu de base est l'amélioration de la santé des bébés. Cette constatation est des plus graves. Pour les personnes qui connaissent l'épigénétique, où on apprend que l'environnement peut faire en sorte que les gènes s'expriment ou non dans l'utérus, les implications pour la santé des bébés devraient vous pousser à considérer les effets générationnels.

 

Par exemple, en temps de famine il y a un risque élevé d'obésité, car les bébés sont programmés pour stocker plus de calories. Pensez donc aux conséquences sur des générations d'enfants qui en grandissant trouvent beaucoup plus difficile de contrôler leur poids.

 

Considérez également combien les sociétés ayant un revenu de base économiseront en dépenses de criminalité, de mauvaise santé et de perte de productivité dont les coûts, comme beaucoup d'autres, dépassent en fait le coût de la mise en œuvre du RBI. Le RBI fonctionne comme un vaccin social: il vaut mieux prévenir que guérir.

 

Il y a aussi ce que j'appelle le "coût Einstein", qui est le coût pour l'ensemble de la société si même un seul petit Einstein en herbe est là maintenant, et qu'il ne deviendra pas le prochain Einstein, parce qu'il est trop occupé par le simple fait de survivre jour après jour à de multiples tâches inutiles qu'une machine pourrait faire.

 

Si nous prenons du recul et regardons la situation dans son ensemble, c'est NE PAS adoptern' le RBI qui coûte trop cher !

Ce que nous voyons vraiment ici lorsqu'il s'agit des effets observés du revenu de base, c'est essentiellement la Hiérarchie des besoins en action de Maslow. Tout le monde a des besoins fondamentaux, et lorsque ces besoins sont couverts, les gens recherchent des besoins d'ordre supérieur.

 

Je crois que nos besoins supérieurs sont encore plus importants pour nous que nos besoins de base. Le suicide est une action que choisit rarement quelqu'un qui meurt de faim. C'est une action prise par ceux qui pensent qu'il n'y a peut-être rien d'autre dans la vie que de ne pas mourir de faim. Le revenu de base, en situant d'emblé tout le monde plus haut dans la hiérarchie de Maslow, permet à tout le monde de grimper au sommet au lieu de rester coincé au bas de l'échelle. La vie n'est pas faite pour être un tapis roulant qui ne mène nulle part. La vie est censée être un voyage constant.

 

Ceux qui pensent que le revenu de base fait obstacle de quelque façon que ce soit au travail n'ont donc pas compris trois notions clés.

 

Premièrement, la motivation intrinsèque est beaucoup plus puissante que la motivation extrinsèque. C'est-à-dire, ce que nous faisons parce que nous le voulons tout simplement, pour des raisons internes comme l'autonomie, la maîtrise, notre but, nous le faisons avec beaucoup plus d'engagement que ce que nous faisons pour des récompenses externes.

 

En fait, il a été démontré que les récompenses externes inhibent même le travail qui exige de la créativité. Des études ont également démontré que le simple fait d'avoir la possibilité de refuser une tâche augmente l'engagement dans cette tâche. Le travail entièrement bénévole est beaucoup plus motivant que le travail forcé.

 

Deuxièmement, il faut comprendre à quel point les systèmes d'aide sociale conditionnelle non universels découragent le travail. Personne ne voit des taux marginaux d'imposition plus élevés que les prestataires de l'aide sociale - personne. Lorsque les prestataires de l'aide sociale gagnent un revenu, ils perdent leurs prestations. Il s'ensuit que les gens sont à peine mieux lotis en acceptant un emploi, ou parfois même dans une pire situation économique.

 

Les pires exemples sont ceux des personnes handicapées qui doivent prouver qu'elles sont "inaptes au travail" (ce qui revient à exclure environ 80 % des personnes souffrant d'une forme quelconque d'invalidité) et qui risquent de perdre 100 % de leur revenu d'invalidité pour gagner un revenu supplémentaire. Fondamentalement, l'aide sociale est un système dans lequel les gouvernements paient des fonctionnaires pour s'assurer que les gens ne travaillent pas et pour les punir s'ils le font en supprimant leurs prestations. Il s'agit aussi de prendre des décisions pour les gens, au lieu de les laisser prendre leurs propres décisions. Les agences d'aide sociale détruisent le pouvoir d'agir.

 

Troisièmement, la façon dont le RBI permet plus de travail c'est en reconnaissant le travail non rémunéré comme étant peut-être le travail le plus précieux de tous. Aux États-Unis, le montant des soins non rémunérés est estimé à 700 milliards de dollars par an, soit 4,3 % du PIB, et il est effectué par près d'un tiers de la population, principalement des femmes, soit environ 1,2 milliard d'heures par semaine, soit l'équivalent d'environ 30,5 millions d'aides-soignants à temps plein. Qu'arriverait-il à l'économie si tous les soignants non rémunérés faisaient la grève? Qu'en est-il des autres types de travail non rémunéré?

 

Si une personne ayant un revenu de base quitte son emploi au salaire minimum pour développer des logiciels pour la communauté open source ou se consacrer à la recherche scientifique, la société est-elle plus mal en point? Si quelqu'un quitte son emploi de télévendeur pour élever ses enfants au lieu de confier ce travail à d'autres, la société est-elle moins bien portante? Pourquoi ne considère-t-on pas ça uniquement comme du travail si vous vous occupez de l'enfant d'une autre personne et non du vôtre?

Nous devons comprendre que le travail et les emplois sont des choses différentes. Le travail n'est pas toujours un emploi. Le travail n'est pas toujours significatif. Tous les emplois ne sont pas significatifs. Tous les emplois ne sont pas du travail. Et la recherche d'un emploi, d'un travail et d'un sens,  tout est plus facile lorsque nos besoins de base sont satisfaits.

En fait, j'ai moi-même un revenu de base. Depuis janvier 2016, je commence chaque mois avec 1000 $ comme seuil de revenu minimum. C'est crowdfunded (financé par la foule) par le biais de Patreon. Sans cela, je ne serais pas ici aujourd'hui. Cela me permet de poursuivre le travail que je considère comme le plus significatif, à savoir la recherche, l'écriture et parler du revenu de base.

 

Ma plus grande découverte est le sentiment de sécurité que me procure mon revenu de base. C'est en ayant la sécurité, je ne me suis rendu compte à quel point j'en avais peu avant. C'était juste un mot avec une définition. Maintenant, je le ressens. Savoir que chaque mois je serai en mesure de couvrir mes besoins de base est un sentiment de liberté que je ne peux pas transmettre adéquatement à ceux qui n'ont pas déjà cette liberté.

 

Le revenu de base a également accru ma résilience face aux catastrophes. J'ai croisé le chemin d'une tornade l'an dernier, et j'ai pu couvrir cette dépense inattendue pour ma voiture. Imaginez la différence que le RBI ferait pour toutes les victimes d'événements comme les inondations, les incendies et les ouragans? Le RBI n'est-il pas même justifié par le seul changement climatique?

J'ai aussi commencé à penser différemment à des choses comme la propriété intellectuelle, et même l'argent lui-même. Ce que j'écris, je l'écris pour que les gens le lisent. Plus il y a de gens qui me lisent, mieux c'est. Alors pourquoi aurais-je choisi de publier derrière un mur de paiement?

 

Je me demande s'il est possible qu'avec le RBI, le mouvement open source va s'étendre massivement? Si vous n'êtes plus obligé de vendre votre travail pour vivre, est-ce qu'un plus grand nombre d'entre vous fourniront librement votre travail? Est-il possible que les requêtes GitHub pull se multiplient du jour au lendemain, ou que les wikis de toutes sortes voient encore plus de pages étendues et créées?

Fondamentalement, le revenu de base permet à tout le monde de dire "OUI" à ce à quoi nous pourrions avoir à dire non pour survivre. D'un autre côté cependant, cela permet aussi à chacun de dire "NON" à ce à quoi nous n'aurions pas d'autre choix que de dire "oui".

 

Cela signifie que le RBI pourrait également éliminer le besoin d'un salaire minimum. Si tout le monde a la possibilité de refuser de travailler pour ce qui est considéré comme un salaire trop bas, les salaires doivent augmenter pour attirer les gens à faire ces emplois. C'est aussi plus qu'une question d'emplois. Pensez au nombre de femmes, et d'hommes aussi, qui vivent des relations de violence simplement parce qu'ils n'ont pas les moyens de quitter le foyer. Pensez à la quantité de propos non exprimés, de peur de perdre son emploi actuel ou de se voir refuser un emploi futur.

 

Serait-il même possible que des droits comme la liberté d'expression n'existent pas vraiment sans droits économiques? L'absence de revenu de base porte-t-elle atteinte à la citoyenneté elle-même en faisant passer les emplois avant le vote, alors que le deuxième ou même le troisième quart de travail a plus de priorité que le fait d'être un citoyen informé et engagé ?

À ce stade, vous pensez peut-être que peu importe à quel point une idée RBI est bonne, et combien elle est abordable, et combien de travail nouveau et précieux les gens feront, peut-être même gratuitement, que les gens ne le méritent tout simplement pas.

Thomas Paine, 1796

"C'est une position qui ne peut être contestée, que la terre, dans son état naturel, non cultivé, était, et aurait toujours continué d'être, la propriété commune de la race humaine... c'est la valeur de l'amélioration seulement, et non la terre elle-même, qui est  propriété individuelle. Tout propriétaire, donc, de terres cultivées, doit à la communauté un loyer foncier (car je ne connais pas de meilleur terme pour exprimer l'idée) pour la terre qu'il détient ; et c'est à partir de ce loyer foncier que le fonds proposé dans ce plan doit être versé à toute personne, riche ou pauvre, car il remplace l'héritage naturel, qui appartient, comme un droit, à tout homme, au-delà de la propriété qu'il a créée, ou héritée de ceux qui l'ont fait."

Alors voici, d'abord personne n'a créé nos ressources naturelles. Personne n'a créé la terre. Il n'y a que quelques siècles que les gens ne tentent de réclamer des droits. Or la Terre nous appartient à tous également. C'était essentiellement l'argument de Thomas Paine qui disait :"C'est une position qui ne peut être contestée, que la terre, dans son état naturel, non cultivé, était, et aurait toujours continué à être, la propriété commune de la race humaine... Tout propriétaire, donc, de terres cultivées, doit à la communauté un loyer foncier pour la terre qu'il détient ; et c'est à partir de ce loyer foncier que le fonds proposé dans ce plan doit être versé." C'est même la logique qui sous-tend le dividende annuel de l'Alaska et qui appuie fortement des idées comme les dividendes de la taxe sur la valeur des terreset les dividendes de la taxe sur le carbone.

Ensuite, toute cette technologie qui nous entoure trouve sa source dans l'argent des contribuables parce que la recherche et développement de niveau 1, c'est-à-dire la recherche fondamentale, est tout simplement trop risquée pour que le secteur privé puisse y investir. Toutes les données qui nous entourent sont également générées par nous à raison d'environ 2 000 $ par année en moyenne et ça ne fait que grandir. Enfin, tout ce que nous créons et découvrons est simplement le prochain maillon dans une sorte de chaîne de blocs générationnelle qui remonte à la toute première utilisation d'outils à l'aube de l'humanité.

Comme Sir Isaac Newton disait qu'il se tenait sur les épaules des géants. Il n'a pas fait tout ce qu'il a fait tout seul. Ce que Newton a fait n'a été possible que grâce à tout ce qui a été fait avant lui par ceux qui l'ont précédé. Il a hérité des connaissances sur lesquelles il a bâti. On peut dire que toute la civilisation se résume à ça: tout est hérité.

La production économique par personne aux États-Unis a septuplé au cours du 20e siècle, passant d'environ 7 000 à 52 000 en dollars de 2017. Si cette progression se poursuit au même rythme au 21e siècle, la production sera d'environ 365 000 $ par personne d'ici 2100. Une personne née à la fin de notre siècle n'aura absolument rien fait pour assurer ce gain énorme. Tout cela existera comme un don du passé, de l'accumulation de connaissances technologiques et scientifiques reçues, simplement en naissant.

Imaginez maintenant qu'un RBI est indexé pour croître avec la productivité, et donc avec l'automatisation. Plus l'automatisation est grande, plus le rendement est élevé, plus le RBI est élevé.... Au lieu de craindre l'automatisation, les gens voudraient autant d'automatisation que possible, afin de maximiser leur RBI. Attendez! Dans le futur, les gens devraient être payés des salaires à six chiffres simplement parce qu'ils sont en vie? Oui! Parce que c'est leur héritage!

 

Le RBI est notre héritage naturel.

 

Le RBI est notre héritage technologique.

 

Le RBI est notre retour sur investissement en tant que contribuables.

 

Le RBI est notre dividende sur les mégadonnées.

 

En fait, je pense qu'il sera de plus en plus important de comprendre le RBI comme un dividende sur les données. Des entreprises comme Facebook, Google et Twitter valent des milliards non pas à cause de leur infrastructure, c'est à cause de leurs utilisateurs, et ces utilisateurs vivent dans le monde entier. Ils sont plus que des citoyens. Ce sont des netoyens. Et ils effectuent un travail non rémunéré à chaque mise à jour de statut, à chaque recherche et à chaque tweet. Ce travail doit être rémunéré par ce que j'appelle un dividende netoyen, parce qu'il est redevable à ceux qui sont membres des réseaux.

 

Nous devons reconnaître ce que nous faisons en ligne comme une forme de travail atomisé - un travail si petit que nous ne le voyons même pas comme un travail. Et nous avons besoin de le voir tout autour de nous. Nous produisons des données constamment. Tout ce que nous faisons, et même tout ce que nous ne faisons pas, génère des données. Seuls les actionnaires en bénéficient financièrement.

Cela doit changer, et tout le monde ici peut contribuer à ce que cela se produise. La réponse à la question du comment existe dans une large mesure, je pense au développement de la chaîne de blocs et aux crypto-monnaies.

Voici quelques crypto-monnaies inspirées par le RBI:

Grantcoin (rebaptisé Manna)

Circles

Duniter

UBU

Viva

Cicada

Swift

Vialcoin

Musicoin

Le vôtre...

Les dividendes netoyens peuvent être intégrés à n'importe quelle crypto-monnaie. Certaines le font déjà. Prenez par exemple la plate-forme Steemit. C'est une sorte d'hybride entre une plateforme de blogs et Reddit construite sur une chaîne de blocs. Les gens créent des billets et votent. Le suffrage détermine combien de Steem on gagne, ce qui est divisé entre la personne qui a créé le billet et ceux qui l'ont appuyé. Cette monnaie est alors échangeable contre d'autres monnaies comme le bitcoin et l'éthéréum, qui peuvent à leur tour être échangés contre des monnaies traditionnelles.

De cette façon, les utilisateurs de Steemit sont traités à la fois comme des pigistes et des actionnaires. Il n'est plus nécessaire de suivre l'ancien modèle. Chaque plate-forme, peu importe ce qu'elle veut faire,  peut suivre ce nouveau modèle construit sur la technologie de la chaîne de blocs. Je pense que le seul type d'entreprise qui peut faire de Facebook le prochain MySpace suivra ce modèle en y incorporant un dividende netoyen. Imaginez, vous gagnez plusieurs revenus sur une douzaine de plateformes différentes simplement parce que vous les utilisez.

Comme un jeune super-héros a déjà appris à la dure, avec un grand pouvoir vient une grande responsabilité. Les développeurs de logiciels sont, je pense, un nouveau type de héros. L'automatisation du travail humain n'est pas en soi une bénédiction incroyable pour toute l'humanité. Des changements systémiques doivent l'accompagner afin que les avantages de l'automatisation profitent à tous.

 

Je ne saurais trop insister sur l'importance, pour la survie à long terme de notre espèce, de passer de l'idée de la charité conditionnelle à la distribution inconditionnelle de la prospérité. Nous sommes une espèce jeune. Pour devenir une espèce ancienne, nous avons devant nous des défis incroyables qui exigent une réflexion à long terme.

Le changement climatique est l'un de nos plus grands défis et il pourrait entraîner notre disparition. Pour y faire face, nous devons cesser de penser uniquement à la survie. Tant que nous ne nous préoccupons que du quotidien, nos esprits ne sont pas libres d'aborder la situation dans son ensemble. Tant que les revenus restent couplés au travail, un mineur de charbon au chômage va vouloir continuer à creuser le gisement. On continuera à prendre des milliards de décisions chaque jour en fonction du lendemain au lieu du prochain millénaire.

Nous sommes tous des primates évolués. Nous avons parcouru un long chemin, mes amis singes sans poils. Or quelque chose dans notre ADN est passé d'une adaptation brillante à notre environnement, à une ancre attachée à nos chevilles. C'est ce qu'on appelle la réaction au stress, ou plus communément, la réaction de combat ou de fuite.

Il y a plusieurs milliers d'années, c'était un équipement d'urgence intelligent où la pensée créative d'ordre supérieur à long terme s'arrêtait, et nous étions temporairement capables de penser plus vite, de réagir plus vite, d'être plus forts, d'avancer plus vite, de courir plus longtemps et de ne penser qu'à la survie.... ce sont les humains ainsi dotés qui ont survécu. Il s'agissait essentiellement d'une superpuissance.

Le problème, c'est que nous ne vivons plus dans le même monde. Nous ne sommes pas pourchassés par des lions ou mangés par des loups alors que nous sommes assis devant nos ordinateurs dans nos bureaux climatisés. Pourtant nos réponses de combat ou de fuite sont toujours activées. En fait, pour beaucoup trop de gens, l'existence quotidienne n'est rien d'autre qu'un combat ou une fuite.

 

La réaction au stress n'a été conçue que pour être utilisée en cas d'urgence et non pour être un état persistant. Le stress sans fin mène non seulement à toutes sortes de problèmes de santé, elle mène aussi à des problèmes sociaux comme l'agressivité déplacée et l'incapacité apprise. Il rebranche notre cerveau pour rester stressé. Par conséquent, notre espèce baisse le regard vers ses pieds plutôt que de le lever vers l'horizon.

Le stress chronique est un tueur de l'esprit. De par sa nature, il nous limite à la réflexion à court terme. Cela crée une pénurie de ressources mentales. Il s'agit d'une taxe sur le cerveau qui a même été mesurée comme étant l'équivalent de 14 points de QI. C'est parce que le souci de manquer de quelque chose fonctionne comme une sorte de logiciel qui tourne dans notre esprit et qui limite les ressources disponibles pour d'autres tâches. Si on atteint l'état d'avoir assez pour ne plus s'inquiéter, on libère ces ressources.

Chaque année, la technologie est capable d'en faire plus, à un rythme exponentiel. Alors, laissez-moi vous poser cette question. Imaginons que demain, tout le monde reçoit un appareil qui mettrait fin au monde lorsqu'on appuie sur le bouton. Combien de temps pensez-vous que notre monde survivrait?

La réponse est-elle donc de ne pas inventer des technologies aussi puissantes qu'un dieu pour nous? Je ne pense pas. Une telle technologie ne serait en fait qu'une autre sorte d'os. Notre défi est qu'au fur et à mesure que la technologie évolue, nous devons progresser avec elle. Nous devons devenir des humains qui n'appuieraient pas sur ce bouton.

Alors, comment on fait ça? Considérons deux sociétés. Une société commence avec tout le monde au bas de la pyramide de Maslow et dit : "Bonne chance, connard. Chacun pour soi." Une autre société commence tout le monde au milieu de la pyramide et dit : "Nous nous soucions de vous et nous vous faisons confiance. Nous sommes tous dans le même bateau." Quelle société est moins susceptible d'appuyer sur ce bouton? Je veux que nous soyons cette société.

C'est pourquoi je suis très attaché au RBI. Si nous voulons surmonter les changements climatiques, si nous voulons survivre aux progrès futurs de la biotechnologie, de la nanotechnologie et de l'IA en général... Si nous voulons utiliser le Neuralink d'Elon Musk pour communiquer avec l'IA et, ce faisant, devenir une civilisation où ce bouton existe vraiment, nous n'avons pas d'autre choix que de nous améliorer. Nous devons le faire. Et nous devons le faire maintenant, parce que nous avions besoin de le faire hier.

 

Vous avez tous une responsabilité qui ne peut être ignorée. Vous ne pouvez pas simplement automatiser le travail humain sans reconnaître ce qui doit être fait en plus. La technologie n'existe pas dans le vide et ceux qui comprennent la technologie ont la responsabilité d'aider à diriger le navire au lieu de simplement prier qu'il n'y ait pas d'icebergs. Les conséquences de l'inaction ne feront que devenir plus désastreuses, alors que l'alternative est un avenir qui n'a jamais rayonné d'un potentiel plus brillant. Car le problème n'est pas que les emplois sont automatisés, c'est que nous avons besoin d'emplois pour gagner de l'argent, et pour une raison quelconque, nous pensons que 40 heures est "à plein temps". Nous devons apprendre à partager la richesse et à partager les heures.

C'est un moment charnière dans la civilisation humaine. Quel est le parcours que vous allez nous aider à suivre? Celui qui a plus de peur, de colère, d'insécurité et de stress? Ou celui qui a plus d'espoir, d'amour et de possibilités, et surtout, plus de temps?

Nous avons la possibilité de libérer à jamais l'humanité de la corvée et du labeur. Tant que les gens auront besoin d'argent pour vivre et que les emplois seront le principal moyen d'obtenir de l'argent, les gens auront peur de l'automatisation. Supprimons cet obstacle au progrès humain. Effaçons la peur existentielle de ne pas répondre aux besoins fondamentaux. Il n'y a plus que la survie. Il est temps de commencer à prospérer.

"Si vous vous dirigez vers le pouvoir des dieux, vous devez avoir la sagesse et l'amour des dieux, ou vous vous autodétruirez."
                 --Daniel Schmachtenberger

Il y a aussi une dernière chose que j'aimerais que vous considérez. S'il est vrai que nous avons tous le droit à la vie, et que la vie ne peut nous être enlevée, est-ce que quelqu'un a vraiment le droit à la vie si ce qui est nécessaire pour vivre est retenu à condition d'être servile?

Si la vie a un prix, ne devrait-on pas fournir inconditionnellement assez d'argent pour couvrir ce prix, en tant que droit humain fondamental?

 

Réfléchissez bien à cette question parce que, dans quelques décennies à peine, les gens vont regarder en arrière et se demander pourquoi il s'agissait même d'une question.

 

Le revenu de base inconditionnel n'est pas de "l'argent gratuit". C'est la liberté. Et la liberté nous appartient à tous.

 

Il est temps que la technologie serve toute l'humanité. Les emplois sont pour les machines.

 

La vie est pour les humains.

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© 2017 par Pierre Madden cell: 514 238-0044

Les emplois routiniers, tant intellectuels que manuels, sont automatisés